Lettre d’un étudiant de Créteil

Salut à tous !
 
Demain est un jour important je fais mon choix de spécialité, et comme vous êtes nombreux à suivre mes aventures depuis un moment, je trouvais important de partager mon choix avec vous et d’expliquer le pourquoi des choses.  
 
Alors j’ai commencé médecine avec l’idée en tête de devenir chirurgien. A travers ce que je voyais à la télé, je trouvais ça complètement dingue (et je le trouve toujours !) d’ouvrir les gens, et de les soigner de cette manière. Les années sont passées en médecine, les stages se sont succédés et même si je trouve toujours cela incroyable, clairement je me suis vite rendu compte que ce métier n’était pas fait pour moi, pour plusieurs raisons, que je ne détaillerai pas ici. Mais tous mon respect a ceux qui choisissent cette voie qui demande tellement de rigueur et de sacrifices, vous avez toute mon admiration.

Arrivé fin de d3 (5 ème année), c’est à dire après deux ans d’externat (période d’alternance entre stage et cours), j’avais trouvé ma voie et je m’étais fixé de faire de la médecine générale. Pareil je ne détaillerai pas ici toutes les raisons pour lesquelles j’avais choisi ça, mais c’était ce qui me correspondait le plus ! Vraiment j’étais convaincu par mon choix.

Puis est arrivée la 6e année, la fameuse année où l’on prépare le concours de l’ECN pour faire le choix de notre future spécialité. J’ai commencé l’année sereinement, en me disant que de toute manière je pourrai prendre la médecine générale, mais sans non plus ménager mes efforts ! J’ai toujours été passionné par ce que j’apprenais, je sais que la finalité est d’être médecin, du coup j’ai tout de même travaillé d’arrache pied pour être le meilleur. Et aussi pour mon estime de moi-même, je ne voulais pas être mal classé.
 
Et c’est là que l’estime de soi a commencé à m’embrouiller l’esprit… La concurrence s’est installée, avec quasiment toutes les semaines des classements qui vous confrontent aux autres. Des autres qui sont plus fort que vous et qui aspirent à faire cardiologie, radiologie, chirurgie et autres… Alors je n’étais pas excellent mais je n’étais pas nul du tout. Je me situais à la frontière entre le premier et le deuxième tiers de promo. Dans mon entourage il y avait un tas de gens impressionnants, mais aucun qui ne citait la médecine générale. (Je ne dis pas que ça n’existe pas ! je parle de mon cas).
 
Et c’est alors que j’ai commencé à me perdre… J’ai commencé à progresser et à avoir de plus en plus de super résultats. Et j’ai commencé à me dire qu’il me fallait une spécialité pour appuyer et marquer d’un coup le fait que comme mes amis, moi aussi j’étais quelqu’un de fort. L’ECN est arrivé, les résultats sont tombés, les gens ont commencé à simuler leur choix. Sur l’ensemble de toutes les spécialités il n’y en avait que 3 que je ne pouvais pas avoir : chir plastique, ophtalmo et dermato. Malheureusement pour moi, en fin d’année, après m’être torturé l’esprit pour trouver une spécialité qui me conviendrait je m’étais décidé à prendre dermato.

Mais bon avec mon classement il me restait énormément de choix, toutes les autres spés que vous connaissez. Alors j’ai commencé à réfléchir. Laquelle prendre ? Cardio ? Radio ? Rhumato ? Pneumo ? Tout l’été j’ai réfléchi, je me suis renseigné partout, et quand on me disait et la med gé ? Je disais « non c’est nul je n’aime plus je veux me spécialiser » (ne m’insultez pas, attendez la fin de l’histoire)

C’était vraiment une torture mentale, sachant que pour la majorité des spécialités je devais changer de région en plus. Puis je suis retourné, en stage l’esprit tourmenté, je faisais n’importe quoi. J’entendais la moitié de ce que l’on me disait car le choix approchait et que je ne savais toujours pas quoi prendre. Que ferai- je à la rentrée ? Où serai-je ?

Puis j’ai passé une soirée avec une amie, qui était arrivé elle l’an dernier dans les 500 premiers et qui avait pris médecine générale. Et elle m’a parlé de son année, qu’elle était tellement heureuse et qu’elle vivait la vie qu’elle voulait. Et là j’ai eu le déclic. J’avais oublié que si j’ai fait tout ce chemin c’est pour mener la vie dont j’ai envie, pas pour celle que les autres souhaitent avoir.

 

J’ai compris que pendant toute cette année je me disais que je ne voulais pas la médecine générale, pour me convaincre moi-même de prendre une spécialité que je n’avais pas envie de faire et avoir le courage le jour J de partir loin de ceux que j’aime. J’ai compris que j’allais faire la bêtise de prendre une spécialité pour avoir une belle étiquette, pour avoir une plaque plus tard ou j’aurai mon nom et où il serait écrit cardiologue, rhumatologue ou autre. J’ai compris (et ça depuis longtemps) que l’internat est difficile et que je ne pouvais pas prendre le risque d’y aller chaque matin, avec le regret d’avoir fait le mauvais choix. (Alors oui le droit au remords existe on peut changer de spé, mais l’on doit rester au même endroit).

J’ ai compris que je voulais continuer à avoir le temps de faire à côté de la médecine tout ce que j’aime en plus, et que je ne pouvais pas renoncer à ça. J’ai compris, que même si je pensais ne pas être comme ça, l’image que je voulais donner, mon ego, influait négativement sur mes choix.

Alors heureusement j’ai eu le déclic à temps ! Et demain je ferai le choix qui va contribuer à faire de moi celui que je voulais être et pas
un autre. Le choix qui fera que je serai heureux. Le choix qui fera que je serai content chaque matin d’aller travailler !

Alors demain je cliquerai fièrement et avec joie sur médecine générale !

Pourquoi je raconte tout ça, ce n’est pas pour m’afficher, ou parce que j’aime raconter ma vie. J’aurai aimé qu’en début d’année quelqu’un me dise, que mes convictions pouvaient être ébranlées à cause du qu’en dira-t-on. De toute manière si on me l’avait dit je pense que j’aurai répondu « pff je m’en fous de ce que pense les gens ». Mais peut être que dans tous les moments de doute que j’ai eu j’aurai repensé à cette phrase.

Alors je voulais juste finir en disant que les choix les plus faciles ne sont pas forcément ce que l’on pense. Les plus difficiles sont ceux qui vous obligent à rester fidèle à vous-même.
Alors bon courage à tous ceux qui seront amenés à faire ce genre de choix cette année ou pendant celles qui viennent 🙂